
20 janvier 2026

La santé mentale est aujourd'hui plus que jamais au centre du discours social, de la politique de santé et du discours scientifique. Son importance pour la santé individuelle et mondiale est de plus en plus reconnue comme fondamentale. Dans le même temps, il est évident que certains groupes de population présentent un risque élevé de développer des troubles mentaux, notamment les migrants et les réfugiés (Hernandez et al, 2004; Organisation mondiale de la santé (OMS), 2022). Dans le contexte de l'augmentation mondiale des migrations et des déplacements forcés, il est devenu essentiel et nécessaire de se pencher sur la santé mentale des migrants et des réfugiés et d'y consacrer des recherches. Les conséquences de ces connaissances et les compétences requises dans des domaines professionnels tels que la psychothérapie sont particulièrement préoccupantes.
L'objectif de cet article est d'esquisser des approches explicatives permettant de comprendre pourquoi et dans quelle mesure les migrants et les réfugiés présentent une vulnérabilité accrue aux troubles mentaux, ainsi que d'identifier les mécanismes centraux qui sous-tendent cette vulnérabilité. À cette fin, les principaux facteurs d'influence sociaux et structurels sont examinés afin de développer une compréhension différenciée des processus sous-jacents.
Les recherches actuelles indiquent qu'en 2020, un total de 281 millions de migrants internationaux vivaient dans le monde, ce qui représentait 3,6 % de la population mondiale (McAuliffe & Oucho, 2024). Parmi eux, environ 135 millions étaient des femmes, représentant 3,5 % de la population féminine mondiale, et 146 millions étaient des hommes, représentant 3,7 % de la population masculine mondiale. En outre, 28 millions de migrants internationaux étaient des enfants, ce qui correspond à 1,4 % de la population infantile mondiale. Par ailleurs, 169 millions de travailleurs migrants ont été recensés dans le monde en 2019.
À Barcelone, on observe une internationalisation marquée de la population, en particulier dans les quartiers centraux tels que Ciutat Vella, El Raval et le Barri Gòtic. (Ajuntament de Barcelona, 2024). L'évolution démographique indique un déclin à long terme des ressortissants espagnols parallèlement à une augmentation significative des résidents de nationalité étrangère, en particulier des pays non membres de l'UE. Cette évolution démographique souligne l'importance croissante des migrations internationales dans les contextes urbains et représente un facteur contextuel clé pour l'analyse de la vulnérabilité psychologique des migrants et des réfugiés (Ajuntament de Barcelona, 2024).
Parallèlement à cette évolution démographique, l'Organisation mondiale de la santé (OMS, 2022) rapporte que la prévalence de la dépression et des troubles anxieux chez les réfugiés et les migrants est élevée au cours des différentes phases de déplacement et de migration. Cette vulnérabilité accrue peut être attribuée à une série de facteurs individuels, sociaux et environnementaux qui s'accumulent avant, pendant et après la migration. Les réfugiés et les migrants touchés par un conflit ou une guerre sont particulièrement exposés au risque de développer un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ainsi que d'autres troubles mentaux.
Les jeunes migrants et les adolescents sont particulièrement vulnérables au stress psychologique lié aux traumatismes. En ce qui concerne les troubles psychotiques et la schizophrénie, les preuves empiriques restent limitées, ce qui montre qu'il est nécessaire de poursuivre les recherches. Néanmoins, les études existantes suggèrent que la prévalence de la psychose chez les migrants est élevée dans plusieurs pays.
Cette prévalence accrue est souvent associée aux effets cumulés des désavantages sociaux, de l'exclusion et des facteurs de stress à différents stades du processus de migration. Les enfants de réfugiés, de demandeurs d'asile et de sans-papiers sont également particulièrement touchés, affichant une prévalence significativement plus élevée de problèmes de santé mentale par rapport à la population d'accueil. Dans l'ensemble, ces groupes sont fréquemment confrontés à des facteurs de stress spécifiques avant, pendant et après la migration (OMS, 2022).
Hernandez et al. (2004) ont examiné la prévalence sur un an des troubles psychiatriques chez les Hispaniques et les Blancs dans un vaste échantillon de population comprenant 4 559 participants. L'objectif de l'étude était d'analyser les différences de groupe dans la prévalence des troubles mentaux et d'identifier les facteurs contribuant à ces différences. Les résultats ont montré que les participants hispaniques, principalement des Américains d'origine mexicaine, étaient plus susceptibles que les participants blancs de répondre aux critères d'au moins un diagnostic psychiatrique au cours de l'année précédente. Ils présentaient également des taux de prévalence plus élevés sur un an pour divers troubles anxieux.
Dans le même temps, les participants hispaniques ont fait état de plus grandes difficultés à satisfaire leurs besoins fondamentaux, tout en faisant preuve d'un meilleur fonctionnement interpersonnel. Des analyses plus poussées ont révélé que les difficultés à satisfaire les besoins fondamentaux expliquaient en partie la prévalence plus élevée des troubles psychiatriques chez les participants hispaniques par rapport à leurs homologues blancs (Hernandez et al, 2004), ce qui souligne la pertinence de cette question.
Les explications possibles de cette vulnérabilité accrue peuvent être décrites à l'aide du modèle vulnérabilité-stress. Ce modèle explique le développement des troubles mentaux comme le résultat d'une interaction entre des facteurs biologiques, sociaux et psychologiques (Schneider & Margraf, 2018). Selon ce modèle, les troubles mentaux émergent de l'interaction entre la vulnérabilité individuelle (par exemple, les facteurs génétiques ou biographiques) et les facteurs de stress externes. Les migrations et les déplacements forcés augmentent les niveaux de stress en raison des charges cumulatives subies avant, pendant et après la migration, ce qui contribue à expliquer la vulnérabilité accrue observée dans ces groupes de population.
Le modèle d'acculturation de Berry (Berry, 1997). Berry insiste sur le fait que la migration implique des exigences d'adaptation considérables touchant aux dimensions individuelles, sociales et culturelles. Il s'agit notamment d'apprendre une nouvelle langue, de s'adapter aux valeurs et aux normes de la société, de modifier les rôles sociaux et de négocier un sentiment d'appartenance à la société d'accueil.
Ces exigences peuvent entraîner un stress psychologique important, appelé stress acculturatif. En fonction de la combinaison de ces dimensions, on distingue quatre stratégies d'acculturation : l'intégration, l'assimilation, la séparation et la marginalisation (Berry, 1997). Le modèle suppose que ces stratégies sont associées de manière différentielle à la détresse psychologique (Choy et al, 2020).
Souvent, les migrants et les réfugiés ne choisissent pas librement leur position d'acculturation, mais sont plutôt poussés dans des contextes marginalisés ou séparés en raison de barrières structurelles, de discriminations, de restrictions légales ou d'un manque de ressources sociales. Par conséquent, le stress lié à l'acculturation augmente indépendamment des capacités individuelles d'adaptation. Combiné à d'autres facteurs de stress liés à la migration, tels qu'un statut juridique incertain ou des conditions de vie précaires, ce stress peut considérablement affaiblir la résilience psychologique (Berry, 1997).
Un cadre de stress plus récent, le modèle de conservation des ressources (COR), part du principe que les individus s'efforcent de conserver, de protéger et de développer leurs ressources, et que le stress résulte de la menace ou de la perte réelle de ces ressources valorisées (Hobfoll, 1989). Dans le contexte des migrations et des déplacements forcés, le risque de perte de ressources est particulièrement élevé, car ces processus impliquent souvent de graves perturbations dans de multiples domaines de ressources. Les ressources matérielles comprennent le logement, la sécurité financière et les biens matériels, qui peuvent être perdus au cours de la migration ou de la fuite. Les ressources conditionnelles, telles que la sécurité du statut de résident, la stabilité de l'emploi et les rôles sociaux, sont souvent incertaines ou limitées pour les migrants et les réfugiés.
Les ressources sociales, en particulier les réseaux familiaux et communautaires, sont souvent réduites en raison de la séparation, du déplacement ou de l'exclusion sociale. En outre, le modèle COR souligne que non seulement les pertes réelles, mais aussi la menace persistante d'une nouvelle perte de ressources sont vécues comme très stressantes (Hobfoll, 1989). Combiné à des possibilités limitées de gain de ressources, en raison de barrières linguistiques, de discriminations ou d'un accès restreint au marché du travail, il en résulte un déséquilibre durable entre les facteurs de stress et les ressources disponibles pour faire face à la situation. Ces résultats suggèrent que la détresse psychologique dans ce contexte est moins imputable aux déficits individuels qu'aux conditions structurelles et sociales qui facilitent les pertes de ressources répétées.
Une étude américaine de Derr (2016) a en outre démontré que les immigrants d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique, bien qu'ayant des besoins égaux ou supérieurs en matière de santé mentale, utilisent moins fréquemment les services psychologiques que les non-immigrants. L'utilisation réduite était particulièrement évidente chez les hommes, les personnes non assurées et celles qui n'ont pas de statut de résident légal. Les obstacles structurels à l'utilisation des services comprennent l'absence d'assurance maladie, les coûts élevés et les barrières linguistiques. La recherche a également montré que le soutien social est particulièrement important pour les immigrants et que les personnes cherchant de l'aide pour des problèmes de santé mentale se tournent généralement en premier lieu vers des membres de leur famille, des amis ou des chefs religieux (Derr, 2016).
Dans l'ensemble, ces résultats indiquent que les migrants et les réfugiés présentent non seulement une vulnérabilité psychologique accrue, mais qu'ils ont également moins recours aux services de soins psychosociaux que la population majoritaire. Cette combinaison de vulnérabilité et de sous-utilisation ne s'explique pas principalement par des facteurs individuels, mais est largement attribuable à des obstacles structurels tels qu'une couverture d'assurance limitée, des coûts élevés, des obstacles linguistiques et un statut juridique incertain. En outre, de nombreux migrants s'appuient d'abord sur des réseaux de soutien informels avant de rechercher une aide professionnelle.
Ces tendances soulignent que la santé mentale, la perception de la maladie et les comportements de recherche d'aide sont profondément ancrés dans les contextes culturels et sociaux. Dans ce contexte, le travail de Iguality répond précisément à ce besoin et est donc d'une importance essentielle pour garantir des soins adéquats et sensibles à la culture, en particulier pour les populations vulnérables, dans une société de plus en plus pluraliste. voir aussi cet article sur notre blog.


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